J'écoute : "Bruises" de Chairlift, "Dance dance dance" de Lykke Li et "Dancing with myself" de Billy Idol
Je regarde : la télé.
Je joue : sur Facebook.
Je mange : des pâtes.
Je bois : de l'eau. Fraîche.
Je cite : I'm so glad it's just a dream, coz it's so weird !
(mis à jour samedi 29 novembre 2008 à 18:09)

21/12/2005

21/12/05 - 22:02

"Au guet !"

Entre-temps, une silhouette en robe noire se hâtait dans les rues de la minuit en plongeant d'une encoignure de porte à l'autre pour arriver devant un portail lugubre et menaçant. On se disait qu'une simple entrée ne devenait pas aussi lugubre par hasard.
Comme si on avait fait appeler l'architecte pour lui donner des directives précises. « On veut quelque chose d'effrayant en chêne foncé, avait-on dû lui dire. Arrangez-vous pour qu'elle claque aussi fort qu'un pas de géant et que tout le monde comprenne bien, en fait, qu'il ne s'agit pas d'une porte qui fait ding-dong quand on appuie sur la sonnette. »
La silhouette frappa au battant sombre selon un code savant. Un tout petit judas grillé s'ouvrit et un oeil méfiant loucha au-dehors.

« La chouette influente hulule dans la nuit, annonça le visiteur en s'efforçant d'exprimer l'eau de pluie de sa robe.
- Mais nombre de seigneurs grisonnants vont tristement vers les hommes sans maître, psalmodia une voix de l'autre côté de la grille.
- Hourra, hourra pour la fille de la soeur de la vieille fille, riposta la silhouette dégoulinante.
- Pour qui manie la hache, tous les suppliants font la même taille.
- Oui, mais, en vérité, la rose est dans l'épine.
- La bonne mère fait de la soupe aux haricots pour le garçon de courses », répondit la voix derrière la porte. Suivit une pause, uniquement troublée par la pluie.
Puis le visiteur s'étonna : « Quoi ?
- La bonne mère fait de la soupe aux haricots pour le garçon de courses. »
Une autre pause, plus longue. Puis la silhouette mouillée demanda : « Vous êtes sûr que la tour mal bâtie ne tremble pas beaucoup au passage d'un papillon ?
- Dame non. C'est de la soupe aux haricots. Je regrette. »

La pluie chuintait, impitoyable, dans le silence gêné.
« Et la baleine en cage ? lança le visiteur trempé jusqu'aux os en essayant de se tasser sous le peu d'abri qu'offrait le terrible portail.
- Comment ça ?
- Elle devrait tout ignorer des profondeurs abyssales, si vous voulez savoir.
- Oh, la baleine en cage. Vous cherchez les Frères Éclairés de la Nuit d'Ébène. Trois portes plus bas.
- Vous êtes qui, vous, alors?
- On est les Frères Illuminés et Anciens d'Ee.
- Je croyais que vous vous réunissiez dans la rue de la Mélasse, fit l'homme mouillé au bout d'un moment.
- Ben, ouais. Vous savez ce que c'est. Le club de découpage a le local le mardi. Y a eu confusion.
- Oh? Ben, merci quand même.
- Pas de mal. » Le judas se referma en claquant.

La silhouette en robe le considéra un instant d'un regard mauvais, puis s'en fut barboter plus loin dans la rue. Elle trouva effectivement un autre portail. Le maître d'oeuvre ne s'était pas trop creusé la tête pour changer de style.
Il frappa. Le judas grillé s'ouvrit d'un coup. « Oui?
- Ecoutez, la chouette éloquente hulule dans la nuit, d'accord ?
- Mais nombre de seigneurs grisonnants se tournent tristement vers les hommes sans maître.
- Hourra, hourra pour la fille de la soeur de la vieille fille, ça va?
- Pour qui manie la hache, tous les suppliants font la même taille.
- Oui, mais, en vérité, la rose est dans l'épine. Il pleut comme vache qui pisse dehors. Ça, vous le savez, non ?
- Oui », répondit la voix du ton de qui le sait bien mais ne se trouve pas dessous.
Le visiteur soupira.
« La baleine en cage ignore tout des profondeurs abyssales, dit-il. Si ça peut vous faire plaisir.
- La tour mal bâtie tremble beaucoup au passage d'un papillon. »
La silhouette implorante agrippa les barreaux du judas, se hissa jusqu'à l'ouverture et souffla : « Maintenant, laissez-moi entrer, je suis trempé comme une soupe. » Il y eut une nouvelle pause mouillée.
« Les profondeurs, là... vous avez dit abyssales ou habitables ?
- Abyssales, j'ai dit. Des profondeurs abyssales. Vu qu'elles sont profondes, vous voyez. C'est moi : frère Crocheteur.
- J'ai bien cru entendre "habitable", fit prudemment le portier invisible.
- Ecoutez, vous le voulez, ce putain de livre, oui ou non? J'suis pas forcé de faire ça. J'pourrais être au pieu, chez moi.
- Vous êtes bien sûr que c'était "abyssal" ?
- Ecoutez, je sais parfaitement jusqu'où elles sont profondes, ces putain de profondeurs, lança rapidement frère Crocheteur. J'savais déjà qu'elles étaient abyssales quand, vous, vous étiez encore qu'un foutu néophyte. Maintenant, vous me l'ouvrez, cette lourde ?
- Ben... Bon, d'accord. »

Le visiteur entendit le coulissement de verrous qu'on tirait. Puis la voix demanda :« Est-ce que vous pourriez pousser ? La Porte de la Connaissance Que Ne Peut Franchir l'Ignorant se coince vachement par temps humide. »
Frère Crocheteur y appuya l'épaule, entra en force, jeta un sale regard au frère Portier et s'enfonça en vitesse à l' intérieur.
Les autres l'attendaient dans le saint des saints, ils faisaient le pied de grue avec l'air embarrassé de ceux qui n'ont pas l'habitude de porter de sinistres robes noires à capuchon. Le Grand Maître Suprême lui adressa un signe de tête.
« Frère Crocheteur, n'est-ce pas?
- Oui, Grand Maître Suprême.
- Avez-vous ce qu'on vous a envoyé chercher? »
Frère Crocheteur sortit un paquet de sous sa robe.
« Exactement là où j'ai dit qu'on le trouverait, fit-il. Pas de problème.
- Bravo, frère Crocheteur.
- Merci, Grand Maître Suprême. »
Le Grand Maître Suprême donna de petits coups de son marteau pour obtenir l'attention générale. On forma un vague cercle dans la salle en traînant les pieds.
« Je rappelle à l'ordre la Loge Suprême et Unique des Frères Eclairés, psalmodia-t-il. La Porte de la Connaissance est-elle hermétiquement close aux hérétiques et aux non-initiés ?
- Complètement bloquée, répondit le frère Portier. C'est l'humidité. La semaine prochaine, j'amènerai mon rabot, ce sera vite...




Terry Pratchett - Au guet !

commentaires

21/12/05 - 22:08

Pratchett!!!!Pratchett!!!!Pratchett!!!!Pratchett!!!!Pratchett!!!!Pratchett!!!!Pratchett!!!!Pratchett!!!!Pratchett!!!!Pratchett!!!!Pratchett!!!!Pratchett!!!!Pratchett!!!!Pratchett!!!!Pratchett!!!!Pratchett!!!!Pratchett!!!!Pratchett!!!!Pratchett!!!!Pratchett!!!!Pratchett!!!!Pratchett!!!!Pratchett!!!!Pratchett!!!!Pratchett!!!!Pratchett!!!!Pratchett!!!!Pratchett!!!!Pratchett!!!!Pratchett!!!!Pratchett!!!!Pratchett!!!!Pratchett!!!!Pratchett!!!!Pratchett!!!!Pratchett!!!!Pratchett!!!!Pratchett!!!!Pratchett!!!!Pratchett!!!!Pratchett!!!!Pratchett!!!!Pratchett!!!!Pratchett!!!!Pratchett!!!!Pratchett!!!!Pratchett!!!!Pratchett!!!!

21/12/05 - 22:11

:o)
Pour toi mon p'tit Heimdall, demain je publierai un extrait avec TON personnage ! :oD

21/12/05 - 22:27

c'est marrant ça fait un peu "le nom de la rose" au début et ensuite ça part en brioche comme dans un polar de serie noire...

21/12/05 - 22:28

Pratchett 'bis' ! Pratchett 'bis'
Désolé, moi aussi.

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